La négrologie est un exercice particulièrement prisé des médias français.
Elle a trouvé un nouvel ambassadeur avec Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire L'Express.
La négrologie s'appuie sur quelques certitudes ancrées dans les esprits européens depuis l'apogée, au XIXe siècle, du racisme scientifique et de l'épopée coloniale.
Au nombre des lieux communs incontournables de la vulgate négrologue, l'adage selon lequel les Africains seraient irréductibles à leur appartenance ethnique.
Ce que résume magistralement l'ami Christophe, avec l'air de celui qui en sait long, dans l'édito vidéo que voici:
“La deuxième leçon [à tirer des événements survenus au Kenya], c'est de bien prendre conscience que l'Afrique garde une base ethnique, un volcan permanent ethnique allumé (sic), jamais
vraiment éteint, et que c'est sur cette base-là que les pires conflits peuvent arriver.
Donc dans nos relations avec l'Afrique, plutôt que de regarder toujours le découpage colonial et l'Afrique qui en est issue, il nous faudrait revenir sans cesse à cette réalité-là. Pour la
connaître et pour prévenir les éventuels conflits…”
Vous me direz que la connaissance de l'Afrique en général et du Kenya en particulier qui suinte de cet édito en images aurait dû plutôt conduire Christophe Barbier à disserter sur les avantages
comparés du “all inclusive” et de la pension complète dans les villages vacances de Mombassa. Autrement dit, que, loin de professer une idéologie raciste, l'ami intime de Carla Bruni se
contente de parler d'un sujet dont il ne connaît rien pour dire ce qu'il faut en penser, comme n'importe quel éditorialiste hexagonal.
C'est vrai. Barbier fait son dur métier d'éditorialiste: il répète avec candeur ce qu'il a entendu dans les dîners en ville. C'est d'ailleurs en cela qu'il nous intéresse.
L'ex-normalien devenu grand journaliste n'est qu'un symptôme, certes, mais quel symptôme! Il révéle l'incapacité profonde – confinant au refus obstiné – des “intellectuels” français à penser
l'Afrique.
Voire à penser tout court.